Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 mars 2007 1 26 /03 /mars /2007 09:00


Je suis une tour inébranlable forgée dans l’acier du Temps.

Il te faudra mille ans pour me détruire et pourtant je suis depuis toujours ton refuge secret loin des Hommes.

Tu t’es imaginé que je voulais refermer à jamais sur toi la lourde porte de mon cœur.

Tu as cru que je te garderais prisonnier de mes entrailles accueillantes.

Tu as cru que si tu refermais derrière toi la grande porte de chêne je ne te laisserais plus la rouvrir.

Tu as cru que si tu me donnais ce que je voulais, tu n’appartiendrais plus à toi-même.

Pourtant, souvent le vent de la tempête t’a ramené vers moi, oh mon sombre et lumineux locataire.

Tu t’es réchauffé à mon feu comme tu as pu, la grande porte restée ouverte dans ton dos laissant s’engouffrer le vent de la nuit.

Tu aurais pu te délasser près du torrent de flammes de mon amour, mais le vent tantôt ne laissait subsister qu’une maigre flamme, tantôt attisait le brasier.

Tu te disais : « pourrais-je aimer un endroit à la fois si froid et si terne, mais aussi si beau et si caressant ? Dans mes rêves le lieu ressemble  mais ce n’est pas cet endroit que je cherche. »

Que n’as-tu refermé ma porte, Homme.

Tu aurais pu mesurer à ta grandeur l’hospitalité de mon sein et la joie de mes caresses.

Et moi, sans crainte, je t’aurais laissé user de ma porte à ta guise, te sachant mon plus aimant locataire.

Sans peur, je t’aurais laissé libre de toi-même, sachant que le soir, c’est auprès de moi que tu viendrais chercher chaleur et réconfort.

Bien piètre réconfort que je peux t’offrir alors que tu me délaisses.

Le vent a cassé mes fenêtres, s’est engouffré partout pour me refroidir et toi, tu te contentes de ranimer le feu quand tu reviens.

Si je te dis cela, oh très cher locataire, c’est qu’aujourd’hui j’hésite entre le délabrement de mes murs, fidèle à ton inconstance, et la douce pensée que quelqu’un d’aimant pourrait ranimer mon feu moribond.

Prends garde, Homme, d’autres pourraient venir, qui seraient tentés de mettre de nouveaux carreaux à mes fenêtres, de beaux tapis, et, pour me protéger, de clore derrière eux ma lourde porte de chêne que tu ne refermes que quand tu t’en vas.

Tu n’as jamais profité des splendeurs que je recèle.

Mais au moins sais-tu que je suis une tour inébranlable, forgée dans l’acier du Temps.

Depuis mille ans, tu habites le cœur de mes entrailles et je suis ton refuge secret loin des Hommes.

Il t’a fallut mille ans pour me détruire et je suis encore là.

La porte de chêne a claqué dans le vent.

Le feu s’est éteint.

Ton Temps est venu puis il est reparti…


Partager cet article

Repost 0
Published by Jule Pilpus - dans Petits contes
commenter cet article

commentaires